dimanche 15 juin 2014

QUATRE TRUCS POUR DÉSAMORCER LA COLÈRE ET ALIMENTER LA COMPASSION 2


Mesure émotionnelle active
Par Judith Orloff
  • Si vous êtes fâché, faites une pause et comptez lentement jusqu'à dix. Pour compenser l'adrénaline provoquée par la colère, entraînez-vous à ne pas riposter impulsivement, Même si la personne est infâme, attendez avant d'ouvrir la bouche. Prenez quelques respirations profondes et, très lentement, comptez jusqu'à dix en silence (ou jusqu'à cinquante, s'il le faut). Utilisez cette accalmie pour vous ressaisir avant de décider de la chose à faire. Répétez en vous-même "Le calme est magnifique", afin de vous détendre. Faire preuve de cette maîtrise de soi délibérée vous met aux commandes de l'échange et vous évite des répercussions déplorables.
  • Accordez-vous une période pour retrouver votre sang-froid. Pour apaiser encore davantage vos neurotransmetteurs, faites une pause plus longue de quelques heures ou plus. Si vous êtes énervé, ou après une altercation, retirez-vous dans un cadre paisible pour réduire votre stress. Limitez les stimuli externes. Tamisez les lumières. Écoutez une musique apaisante. Méditez. Effectuez quelques exercices aérobiques ou du yoga pour évacuer la colère de votre organisme et vous détendre...
  • Ne tentez pas d'aborder votre colère quand vous êtes pressé. Assurez-vous d'avoir assez de temps pour aborder ce qui vous a rendu furieux. En neurosciences, des recherches sur le phénomène du bon Samaritain révèlent que le fait d'être pressé fait obstacle à notre compassion innée. Une étude de l'université de Princeton a démontré que même après avoir assisté à une conférence sur le bon Samaritain, des étudiants en théologie ne s'arrêtaient pas pour secourir une personne en détresse sur la rue s'ils croyaient être en retard à leur prochain cours. La morale: s'accorder un moment de détente pour résoudre un conflit permet d'avoir une réaction plus compatissante.
  • Ne tentez pas d'examiner votre colère si vous êtes fatigué, ni même avant d'aller dormir. Puisque la colère agite votre organisme, elle interfère avec la qualité du sommeil et entraîne l'insomnie. L'esprit tourne en rond. Mieux vaut examiner votre colère plus tôt dans la journée, pour laisser le temps à votre adrénaline de s'apaiser. Et bien reposé, vous êtes moins enclin à réagir avec impatience et vous pouvez préserver votre équilibre.
Ces précautions vous évitent d'être assailli par les substances biochimiques produites par la colère. Vous avez alors la lucidité et la patience de donner l'exemple d'une forme d'être plus compatissante, un témoignage de la manière dont notre cerveau a évolué. Comme je l'ai décrit précédemment pour l'empathie, nos neurones miroirs faciliteront cette transformation du cœur en créant une passerelle entre cerveaux conçue pour nous permettre de nous relier intimement à l'autre. Si vous êtes en présence d'une personne furieuse, ou sereine, ces émotions se refléteront en vous. Voilà pourquoi, devant la colère, il faut personnifier la compassion pour évoluer au-delà de la mentalité de l'homme de Néandertal, celle de "tuer ou d'être tué", Il est possible de mettre cela en pratique dès maintenant. Commencez par vos propres relations. Comme le disait Gandhi, il faut "être le changement" que nous souhaitons voir.
DÉCOUVRIR LE SENS SPIRITUEL DE LA COLÈRE ET DE LA COMPASSION
La compassion est une forme radicale d'activisme spirituel qui permet, comme jamais, de percer à jour la colère. Il faut observer cette émotion depuis le haut de la montagne, plutôt qu'à son propre niveau. On peut dénicher une foule de bonnes raisons pour ne pas éprouver de compassion. L'autre ne la mérite pas. Il avait bien cherché ce qui lui est tombé dessus. Il est bien au-delà de toute forme de clémence. Une fois que nous accédons à notre spiritualité pour contrer cette émotion handicapante, ces manières habituelles et limitées de réagir à la colère sont toutefois désuètes.

Voici un exemple qui illustre mon idée. Un jour, une femme s'est rendue à Dharamsala, en Inde, pour interviewer le dalaï-lama. Dans la rue, elle aperçut un homme qui battait cruellement un chien. Elle interrogea le dalaï-lama à ce sujet. Il lui répondit que "la compassion, c'est plaindre l'homme autant que le chien". Inutile de le dire, il est légitime de se désoler face à l'abject salaud qui frappe un chien innocent, ou qui que ce soit. Mais d'un point de vue spirituel, il ne faut pas s'arrêter là. Il faut aussi reconnaître la souffrance de l'auteur de cet acte répréhensible, laquelle souffrance le pousse à cette brutalité. Sans fermer les yeux, il faut percevoir avec justesse la douleur qui motive tout acte de colère. Sur le plan de la liberté émotionnelle, cette conscience nous conduira à transformer la colère en nous et à imprégner de compassion notre approche de la colère en autrui. Je sais qu'il est difficile d'en saisir le sens. Pourtant, jusqu'à ce que nous puissions regarder la colère en face et réagir autrement, notre évolution ne sera que minime.
Transformer la colère exige une compassion authentique, souvent difficilement acquise, et non pas une compassion artificielle qui ne se manifeste que lorsque les gens regardent, ou par rectitude politique. Sachez aussi que les gestes de bonté extravagants n'éclipsent pas la valeur de la décence humaine, leur cousine plus discrète. Il est fort difficile de transformer la colère. Même si vous travaillez avec cœur sur cette émotion, il est toujours possible que vous vous emportiez facilement ou que vous succombiez à un comportement dont vous n'êtes pas fier...
Ah, la colère! Elle s'empare de nous si totalement, si spontanément. Attendez-vous à cela. Que vous portiez une robe safran ou pas, efforcez-vous de mobiliser votre identité la plus noble dans tous les domaines de la vie, notamment dans les circonstances les plus difficiles. Ce peut être toutefois déroutant, car la culture occidentale voit la colère de manière équivoque: elle dénonce ses formes extrêmes, mais tend à estimer que ses formes plus atténuées sont des atouts nécessaires qui permettent d'être agressif et de réussir...
Voici quatre directives spirituelles pour vous aider à cultiver la compassion qui transformera la colère au quotidien. Elles vous donneront un centre de gravité plus solide lorsque vous lutterez contre la colère et vous permettront d'apprécier votre réaction.

Directive 1. Se résoudre à se défaire des rancunes
Le ressentiment est un grief ou une rancune que vous entretenez après avoir été mal traité. Il est facile de se cramponner à tous les incidents qui vous ont exaspéré, d'une coiffeuse bavarde à un ex infidèle. Et si vous faisiez un sondage, plusieurs prendraient votre parti quant à votre droit de garder rancœur. Selon cette logique, avec le temps et à mesure que se décuplent les ressentiments, vous avez "le droit" d'être de plus en plus en colère, de ressasser la litanie incessante de vos complaintes. Mais voulez-vous être cette personne acerbe? Pour votre liberté émotionnelle, décidez plutôt de travailler à lâcher prise devant les rancœurs et à laisser la compassion les purifier... Renoncer à ses vieilles blessures est difficile, parfois impossible. L'idée vous rebute peut-être. Cependant, pour devenir un être extraordinaire, un être qui accorde davantage de valeur à la compassion qu'à la haine, le pardon est indispensable.

Directive 2. Cultiver le pardon
Le pardon, c'est l'acte spirituel qui consiste à se défaire, par compassion, des rancunes, de la colère ou du désir de punir quelqu'un, ou vous-même, à cause d'une offense. C'est un état de grâce impossible à contraindre ou à feindre. Il n'y a pas de raccourci pour y parvenir. Par erreur, quelques patients vraiment désireux d'être "spirituels" ont prématurément tenté de passer directement au pardon après avoir été sérieusement blessés sur le plan affectif. Impossible. Il faut d'abord éprouver la colère avant de commencer à pardonner. En psychiatrie de l'énergie, je guide graduellement les patients vers la noblesse de cœur qui pardonne les blessures causées par autrui ou par soi-même. Une étude menée à Stanford démontre que recourir au pardon diminue le stress, la colère et les symptômes psychosomatiques.
Le pardon vient de votre identité la plus noble; il élargit la vision. Pour tout dire, il vous profite davantage qu'à n'importe qui d'autre puisqu'il vous délivre de la négativité et vous donne l'occasion de passer à autre chose. Pardonner ne dissoudra pas totalement la colère, mais cela vous accordera la liberté de savoir que vous valez bien davantage. Je le répète: le pardon concerne l'auteur de ce geste, pas le geste en soi. Il s'adresse non pas à l'offense, mais à la blessure de l'individu. Cela ne signifie pas revenir vers votre partenaire violent par compassion pour l'être abîmé qu'il est. Vous souhaitez naturellement vous soustraire aux sévices. Néanmoins, par la distance, vous pouvez tenter de pardonner la souffrance consciente ou inconsciente qui a motivé l'acte en question. Votre désir de transformer la colère appelle la paix et vaut bien l'effort spirituel requis.
Dans le contexte du pardon, effectuez cette vérification des faits: dans la relation, l'autre apporte toute une vie de blessures, et son comportement le concerne donc davantage lui que vous-même. À l'instar de l'une de mes patientes, vous direz peut-être avec raison: "Je suis blessée et furieuse que mon partenaire m'ait quittée et qu'il ait même refusé d'en parler. N'est-il pas raisonnable de vouloir en discuter?" Bien sûr. Mais votre besoin ne prend pas en compte la terreur de l'intimité qu'a votre conjoint et le fait qu'il ferait n'importe quoi pour s'y soustraire entre vous, ou dans toute relation. Malheureusement, les craintes et les insuffisances de votre partenaire l'ont emporté sur vos besoins. Pour pardonner tout en guérissant la colère, il vous faudra évaluer à qui vous avez affaire, le bon comme le mauvais. Souvent, les gens font de leur mieux - ce qui ne vaut pas grand-chose à votre sens, mais c'est la déplorable vérité de la situation. Accepter la réalité des limites de l'autre permet de pardonner et de surmonter les vieux ressentiments afin de pouvoir atteindre au bonheur, à la paix et à l'amour recherchés.
La compassion ouvre une porte dissimulée conduisant à un univers secret, au-delà de la colère. Néanmoins, les sentiments de rage ou de pardon ne sont pas mutuellement exclusifs. Vous pouvez éprouver simultanément divers degrés des deux. Au début, peut-être pardonnerez-vous un petit peu et vous sentirez-vous très furieux. Puis, avec les progrès de la septième transformation, la balance penchera graduellement vers le pardon, car votre attachement à la colère diminuera.

Directive 3. Présenter des excuses
Si votre colère n'est pas constructive, vous pouvez toujours vous excuser ou tenter de vous racheter, en modifiant votre comportement de manière active ou en prenant des mesures pour défaire ou minimiser les torts. Nous devons le reconnaître, mettre de côté notre besoin arrogant d'avoir "raison ", ou admettre que nous avons été insensibles ou que nous avons eu tort, nous restera peut-être en travers de la gorge. Malgré tout, c'est un geste humble et tendre fort apprécié. Comme nous l'avons souligné déjà, la colère ne se limite pas aux emportements. Une gradation de cette émotion existe. Elle peut s'exprimer de diverses façons: on peut être dur, impérieux, porter des jugements catégoriques ou se montrer condescendant...
Peu importe comment votre colère s'est exprimée, tentez de demander pardon le plus rapidement possible. Les excuses peuvent, pour la plupart, être brèves et gentilles, bien que certaines exigeront une discussion plus longue. Prendre le téléphone pour avouer avec sincérité que vous êtes désolé allégera l'atmosphère et évitera d'aggraver le ressentiment. Il ne s'agit pas de débiter des excuses, mais d'admettre avec sincérité que vous avez eu tort. Par ailleurs, il faudra parfois vous racheter concrètement. Demandez à la personne ce que vous pouvez faire en guise de compensation. Par exemple, vous mettre d'accord pour échelonner des paiements en vue de rembourser une dette, ou rétablir la vérité concernant une rumeur nocive lancée par vous-même. Dans le cas de nombre de transgressions affectives, les meilleurs dédommagements consistent à s'excuser, à écouter ce que l'autre a à dire, à reconnaître la blessure que vous avez causée, puis à systématiquement traiter la personne correctement.

Directive 4. Résister au désir de vengeance
La vengeance, c'est le désir de rendre la pareille à quelqu'un qui vous a fait du tort. Il est naturel d'être en colère, de vous dire que vous n'allez pas laisser ce salaud s'en tirer, peu importe ce qu'il a fait. La vengeance vous réduit toutefois au pire en vous et vous rabaisse à ces êtres méprisables que vous prétendez détester. Il va de soi que si quelqu'un vous frappe, vous aurez l'impulsion de le frapper à votre tour; c'est le point de départ de toute guerre. Pour s'épanouir sur le plan personnel et en tant qu'espèce, il faut résister à cette envie prévisible de vengeance. Il faut chercher à réparer les torts plus positivement. Cela ne fait pas de vous une carpette; vous refusez simplement d'agir d'une manière destructive et lassante qui empêchera de jamais trouver la paix. Je suggère la version qui consiste à "tendre l'autre joue ", tout en faisant le maximum pour préserver ce qui est important pour vous. Le plus difficile, par contre, c'est de voir quelqu'un "s'en tirer malgré ce qu'il a fait", sans pouvoir rien y changer. Oui, votre femme vous a quitté pour convoler avec son professeur de yoga. Oui, votre collègue fourbe vous a trahi. Quand je suis confrontée à ces situations exaspérantes, je trouve consolation dans la notion du karma, à savoir que tôt ou tard tout nous revient. Pour moi, il ne s'agit pas d'une rationalisation, mais d'un principe auquel je crois fermement. Je sais également que la meilleure vengeance est votre réussite, votre bonheur et le triomphe de ne pas accorder aux gens vindicatifs une suprématie sur votre sérénité.
Pour goûter directement les fruits du pardon, effectuez l'exercice qui suit. Conjuguez-le avec le processus de guérison et de transformation de la colère.

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